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Zone humide agrivoltaïsme : un projet est-il bloqué ?

Une zone humide repérée sur une carte ne bloque pas automatiquement un projet d’agrivoltaïsme. Une cartographie de pré-localisation signale une probabilité, pas une zone humide au sens réglementaire. Seule une délimitation de terrain, par sondages pédologiques et relevés de végétation, dit où elle se trouve vraiment et quelle surface est en jeu.

De cette délimitation dépendent les démarches au titre de la loi sur l’eau, les mesures à prévoir et, souvent, la forme finale du projet. Bien conduite, elle fait parfois apparaître des marges de manœuvre que la carte ne laissait pas voir.

Zone humide sur un projet d’agrivoltaïsme : la réaction la plus courante

Quand une zone humide apparaît sur l’emprise d’un projet d’agrivoltaïsme, la première réaction est souvent l’inquiétude. Les porteurs de projet anticipent un contentieux, des délais allongés, des études coûteuses, voire l’abandon du site.

Cette prudence se comprend. Les zones humides sont des milieux protégés, et les services de l’État demandent de les éviter en priorité. Mais tirer une conclusion à partir d’une seule carte, c’est souvent décider trop tôt, sur des données qui n’ont pas été vérifiées.

Ce que dit le droit : comment une zone humide est délimitée

Une zone humide se définit à partir de critères précis, fixés par l’article L. 211-1 du Code de l’environnement et par l’arrêté du 24 juin 2008, modifié le 1er octobre 2009.

Depuis la loi n° 2019-773 du 24 juillet 2019, ces critères sont alternatifs : un seul suffit pour qu’un terrain soit classé en zone humide.

Critère Ce qui est observé
Sol (critère pédologique) Traces d’engorgement en eau dans les sondages : taches de rouille, horizons grisâtres ou tourbeux, à des profondeurs définies par l’arrêté
Végétation (critère floristique) Présence d’espèces ou d’habitats caractéristiques des milieux humides, listés en annexe de l’arrêté

Sur une parcelle cultivée, la végétation spontanée est souvent absente ou modifiée par le travail du sol. Dans ce cas, c’est le critère pédologique, donc les sondages, qui fait foi.

Cartographie ou terrain : ce qui fait foi pour une zone humide en agrivoltaïsme

Une cartographie donne une première lecture, pas la réponse. Les cartes de pré-localisation, comme celle des milieux potentiellement humides publiée par le centre PatriNat en 2023, sont construites à partir de modèles : topographie, géologie, réseau hydrographique. Elles indiquent où une zone humide est probable, à une échelle qui ne descend pas à la parcelle.

C’est pourquoi les services de l’État demandent, dès qu’une carte signale une zone humide probable, une délimitation conforme à l’arrêté du 24 juin 2008. Sur le terrain, cette délimitation repose sur trois types d’observations :

  • Les sondages pédologiques : des carottages à la tarière, répartis sur l’emprise, pour lire les traces d’engorgement dans le sol.
  • Les relevés de végétation : l’inventaire des espèces et des habitats présents, lorsque la parcelle s’y prête.
  • Les observations de fonctionnement : écoulements, drainage existant, topographie fine, position de la nappe selon la saison.

Le résultat est souvent plus nuancé que la carte. La zone humide peut être confirmée, mais aussi plus réduite, découpée en plusieurs secteurs, ou absente de tout ou partie de l’emprise. C’est cette confrontation entre données théoriques et réalité du site qui fait émerger les marges de manœuvre.

Zone humide et agrivoltaïsme : caractériser, puis adapter le projet

Une fois la zone humide délimitée, la méthode fait toute la différence. Elle tient en deux temps.

1. Caractériser précisément les zones concernées

La délimitation donne une surface. C’est elle qui fixe le régime applicable au titre de la loi sur l’eau, rubrique 3.3.1.0 (assèchement, mise en eau, imperméabilisation ou remblai de zones humides) :

Surface de zone humide impactée Régime
Moins de 0,1 ha Pas de dossier au titre de cette rubrique, sauf cumul, SAGE ou site Natura 2000
De 0,1 ha à moins de 1 ha Déclaration
1 ha ou plus Autorisation environnementale

Attention, la surface impactée ne se limite pas à l’emprise des panneaux. Selon le guide de la DREAL Grand Est (juin 2025), les terrassements, pistes, locaux techniques, tranchées de câbles et ancrages par pieux battus comptent aussi. Le passage répété d’engins peut lui-même assécher un sol humide par tassement.

La caractérisation va donc au-delà du contour : elle évalue aussi les fonctions de la zone humide (hydrologiques, biogéochimiques, écologiques) et son état de conservation. Une zone humide drainée et cultivée depuis des décennies ne présente pas les mêmes enjeux qu’une prairie humide fonctionnelle.

2. Adapter le projet lorsque c’est nécessaire

Le projet suit ensuite la séquence Éviter-Réduire-Compenser (ERC), dans cet ordre :

  • Éviter : implanter les tables, pistes, postes et réseaux hors des secteurs humides lorsque la délimitation le permet. C’est la mesure la plus sûre, et souvent la moins coûteuse.
  • Réduire : agir sur la conception. Le guide de la DREAL Grand Est relève un assèchement sous les panneaux lorsque la densité dépasse 50 % ou que la hauteur minimale des panneaux est inférieure à 1,20 m. Les structures agrivoltaïques, souvent hautes et espacées, peuvent aider sur ce point, à condition de le démontrer et de le suivre.
  • Compenser : en dernier recours, restaurer une autre zone humide dégradée, avec une équivalence de fonctions, et pas seulement de surface.

L’objectif n’est pas de contourner les contraintes environnementales. Il s’agit de les comprendre assez finement pour construire un projet cohérent avec son territoire. Certaines doctrines régionales, comme celle du Grand Est, posent l’évitement des zones humides comme règle générale : d’où l’intérêt de connaître les attentes locales dès l’étude de faisabilité.

FAQ : zone humide et agrivoltaïsme

Une zone humide sur une carte interdit-elle un projet d’agrivoltaïsme ?

Non. Une carte de pré-localisation signale une zone humide probable. Seule une délimitation de terrain selon l’arrêté du 24 juin 2008 établit sa présence et sa surface réelles.

Comment savoir si une parcelle est réellement une zone humide ?

Par une délimitation réglementaire : des sondages pédologiques à la tarière et, si la parcelle s’y prête, des relevés de végétation. Un seul des deux critères suffit depuis la loi du 24 juillet 2019.

À partir de quelle surface faut-il un dossier loi sur l’eau ?

Au-delà de 0,1 ha de zone humide impactée, une déclaration est nécessaire. À partir de 1 ha, il faut une autorisation environnementale. Les pistes, locaux techniques et tranchées comptent dans cette surface.

Peut-on adapter un projet d’agrivoltaïsme en zone humide plutôt que l’abandonner ?

Souvent, oui : en évitant les secteurs humides, en réduisant l’emprise des aménagements ou en adaptant la hauteur et l’espacement des structures. Certaines doctrines locales restent toutefois très strictes, d’où l’intérêt d’une étude en amont.

Quand faut-il faire le diagnostic de zone humide ?

Le plus tôt possible, dès l’étude de faisabilité. Les relevés de végétation se font pendant la saison de végétation, ce qui peut imposer d’attendre quelques mois. Les résultats orientent ensuite tout le dessin du projet.

TerÉCO : sécuriser votre projet d’agrivoltaïsme face à une zone humide

Une zone humide sur une carte est un signal à vérifier, pas un verdict. Ce qui décide de l’avenir du projet, c’est la qualité de la délimitation et la façon dont le projet s’adapte à ses résultats.

Chez TerÉCO, nos experts réalisent le diagnostic agro-pédologique de vos parcelles : sondages, lecture des sols, analyse du fonctionnement du site. Nous intégrons ces résultats dès l’étude de faisabilité, pour concevoir un projet d’agrivoltaïsme cohérent avec la zone humide et son territoire, et pour préparer sereinement l’avis de la CDPENAF et les démarches loi sur l’eau.

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